Georges Orwell: 1984

Publié le par bbsky network

1984, écrit en 1948, est à mon avis, le roman d’anticipation le plus frappant. Il est impossible de résumer 1984 ! Cependant je vais essayer de vous décrire quelques facettes intéressantes de cette "bible" et de faire quelques relation avec notre monde actuel : 1984 tout comme la ferme des animaux (mais dans un style différent) fait des allusions à peine voilée au système communiste en vigueur à l’époque :


Focaliser sa haine

 

Un des piliers du système de l’Océania est de focaliser toute la haine, le malheur et les problèmes sur un ennemi : Goldstein traitre à sa patrie et le pays contre lequel l’Océania est en guerre (Estasia ou Eurasia). Goldstein est une allusion à L. Trotski. La haine des membres du parti se focalise lors des deux minutes de l haine (quotidienne) ou chacun doit houspiller les images qu’on lui met sur le nez. Il est important de noter que les membres du parti pensent vraiment, ressentent vraiment la haine qu’on leur demande d’exprimer. C’est impressionant de voir dans 1984 l’accepation des membres du parti.

Aujourd’hui on pas tant évolué qu’on le pense : quand le gouvernement américain et beaucoup d’autres gouvernements à sa suite nous tendent des images de méchants terroristes qui assassinent sans raison alors que nous les gentils occidentaux essayons de les aider, de les démocratiser, la plupart avalent la couleuvre avec appétit…. Cette haine qui n’est pas dépensée ainsi contre notre système, ni même en simples critiques constructives ou syndicats permetant de le faire évoluer (5% de syndiqués en France)…


L'histoire du présent


Les dirigeants du système instauré dans 1984 ont la main mise sur l’histoire, c’est dans le ministère où travaille Winston que tout ce passe. Orwell nous décrit comment chaque jours les employés du ministère de la vérité (miniver) reçoivent des ’correction’ à effectuer sur des articles faussés. Ces intervention chirurgicales sur des textes (articles de journaux, livres, compte-rendu) ont pour but d’effacer les erreurs du système. Ainsi si Big Brother avait prédit un hausse de 50% de la production de chocolat et que celle-ci n’est que de 10%, Winston voit apparaitre une note sur son bureau lui demandant de corriger l’erreur de transcription (de remplacer 50% par 5%) ainsi l’augmentation de la production a été deux fois meilleure que celle prévue ! Mais ce n’est pas tout, toutes les traces du passé, d’avant l’avènement de Big Brother sont effacées, floues. Si les londoniens sont en guerre avec l’Estasia, c’est qu’ils l’ont toujours été (et c’est ainsi sur tous les documents après que les hommes du miniver aient corrigés les erreurs qui mentionnaient une alliance avec l’Estasia). Et chacun dans ce monde s’efforce d’oublier l’alliance avec l’Estasia, et puis s’efforce d’oublier qu’il a oublié… Ainsi le parti a toujours raison, et qui peut donc prouver le contraire puisque c’est la vérité, écrite noir sur blanc partout.

Dans des proportions moins grandes, on a aujourd’hui une sorte de trucage de l’histoire, parfois involontaire : l’histoire des vainqueurs. On ne connait souvent d’un peuple vaincu que ce qu’a bien voulut en dire le peuple vainqueur, lequel n’est pas toujours totalement objectif (par exemple l’ouvrage de référence sur les gaulois est celui de César). D’autre part certains passages de l’histoire sont sans aucun doute malencontreusement oubliés dans les programmes et les discussions (jusqu’à il n’y a pas si longtemps l’Algérie, maintenant le Rwanda, etc…).

Celui qui est maitre du présent est maitre du passé !


La novlangue


Une des inventions majeures de 1984 est la Novlangue (langue nouvelle) qu’Orwell décrit au long du livre mais aussi dans les appendices. Le principe de la novlangue est de réduire au maximum le vocabulaire, de supprimer tous les mots inutiles (suppression de mauvais remplacé par inbon). Le but avoué étant de restreindre la pensée : en effet comment exprimer, comment imaginer, comment penser quelque chose d’abstrait qui n’a pas de mot pour l’exprimer ? Comment exprimer anarchisme, communisme en novlangue autrement que par crimepensée (non conforme à la pensée du parti) ? Et c’est quelque chose de vrai, en annihilant, en restreignant le langage, on empêche les gens d’avoir des idées divergentes !

On remarque également des phrases dénuées de sens de notre point de vue, mais évidentes pour les Océaniens.

« La guerre, c’est la paix. »

« La liberté, c’est l’esclavage. »

« L’ignorance, c’est la force. »

Ce sont les slogans du système…

 

Les télécrans ou surveillance totale


Chaque membre du parti a en permanence chez lui un télécran, c’est une télévision qui marche en continu, qui crache des informations 24h/24, mais filme aussi. Les services de surveillance peuvent à chaque moment jeter un œil sur ce que font chez eux les membres du parti ! Le privilège des hauts membres du parti est d’avoir un bouton off sur leur télécran

Aujourd’hui on a une sorte de surveillance possible sur chacun de nous : traçabilité des trajets avec la carte navigo pour les parisiens, traçabilité de vos achats avec la carte bleue, filtrage des mails, appels, fax par des réseaux comme le réseau échelon, début de contrôles digitaux ou rétinaux. Certains s’interrogent jusqu’où nous entraineront les nanotechnologies…


La classe des prolétaires dans 1984


Il existe apparemment trois classes : les prolétaires, les membres du parti, les hauts membres du parti. La classe prolétaire tel qu’elle est décrite est très étrange, apathique, sans plus d’idée de révolte, résignée, acceptant son sort et pourtant sacrifiée, abêtit, sans valeur. Qu’importe ce que peut penser un prolétaire, ils ne valent pas la peine d’avoir des télécrans, ce sont des légumes. Orwell insiste beaucoup sur le fait que la force du système en Océania est qu’il est inrenversable, notamment parce qu’il n’y a pas de risques du côté des prolétaires.

Une dictature sans dictateur


Big Brother existe-t-il ? On nous fait comprendre dans le livre qu’il existe, et peut-être qu’il n’existe pas, mais ce qui est important c’est qu’il n’a pas besoin d’exister physiquement, mais simplement virtuellement. Pas besoin d’un pouvoir concentré dans les mains d’une seule personne trop à même de faire des erreurs, le pouvoir peut appartenir à un groupe de personne lequel se représente comme une seule entité charismatique…

Aujourd’hui nombreuses sont les décisions à effets mondiaux prises par des dirigeants de multinationales non élus. Ils forment un petit groupe, mais effacée, qui ne se met pas en valeur. Orwell était visionnaire en imaginant une dictature sans dictateur, mais il est probable qu’une dictature serait sans dictateur et sans traces…

1984 est une vision, espérons le moins précise que celles de Nostradamus, mais au moins un avertissement sur la façon dont la société se transforme, sur la façon dont évolue le système et où il nous entraine ! C’est un ouvrage majeur du 20ième siècle et toujours d’actualité…


Version française du film de David Scharf Big Brother State:
 www.dailymotion.com/video/x1fkmn_big-brother-state-fr_politics

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turigole 01/05/2009 14:06

Orwell était tout simplement au courant. C'est dommage que tu ne creuse pas un peu plus! Il a claqué la porte du bilderberg car ca le dégoutait

plouc et mecnaud et surtout provincial 17/02/2009 15:52

Les télécrans ou surveillance totale...
Comment situer Internet par rapport à 1984 ?
A-t-il été fait en réaction ?
Ou pour contrebalancer?
Est-ce qu'Internet est un épisode de 1984, malgré les apparences ?
Est-ce que les Big Brothers, ce sont bien les Francs Maçons ?

Parce que même si la télé parisienne manipule et nous montre toujours les mêmes élites , la biographie des dirigeants est accessible sur Internet, on apprend des informations qu'on ne pouvait pas avoir avant

par exemple
on parle de la Halde à la TV,
mais sur internet, on apprend des informations
sur le président à la Halde ,Louis Schweitzer, par exemple, qui appartient au club élitiste du Siècle, et serait franc Maçon.
En fait, dans les listes de noms qui sont données,ni dans le Siècle, ni à la Halde, on ne voit pas de noms d'handicapés, ou d'immigrés, les femmes sont sous-représentées

Monsieur Schweitzer est le prototype de l'homme homme blanc, influent et parisien, qui impose aux autres ce qu'il ne suit pas lui-même, lui, il accapare les positions privilégiées


on parle de SCiences Po Paris à la TV
Monsieur Descoing est du même calibre : c'est le directeur de Sciences Po où certains pistonnés bien choisis - mais pas des provinciaux des classes moyennes - rentrent sur dossiers d'après internet

Ces deux là, derrière la façade montrée à la TV, apparaissent sur Internet, comme la continuité de ceux qui ont fait tuer des millions de français, entre 1793 et 1810, des parisiens , qui accumulent les privilèges pour eux et ruinent les régions