L'appel à la Révolution

Publié le par bbsky network



Le Palais-Royal était le foyer ardent, le coeur de Paris. Tous se coudoyaient autour de l'arbre de Cracovie. Là où Diderot conversait jadis avec le neveu de Rameau, la foule formait autour de tout personnage porteur de renseignement un de ces groupes qu'on voit grossir aux jours d'orage.

Quand Paris apprit que Necker était renvoyé, la fièvre redoubla. Cette journée du 12 juillet devait coûter cher à la royauté. Camille Desmoulins, résolu, monte sur une table : « Citoyens, vous savez que la nation avait demandé que Necker lui fût conservé ? J'arrive de Versailles... Necker est renvoyé ! Ce renvoi est le tocsin d'une Saint-Barthélemy de patriotes. Ce soir, les bataillons suisses et allemands sortiront pour nous égorger... Il n'y a pas un moment à perdre ! Nous n'avons qu'une ressource, c'est de courir aux armes ! »

Ce jeune homme aux cheveux noirs pétillant de vie, cet inconnu de la veille, entrant dans l'histoire par une improvisation bouillante, exprimait avec sa véhémence tout ce que ressentaient les 6000 citoyens qui l'entouraient. L'outrage était pour tous, mais un seul poussait le cri et protestait au nom de la nation entière.

« Quelles couleurs voulez-vous pour nous rallier ? Voulez-vous le vert, couleur de l'espérance, ou le bleu de Cincinnatus, couleur de la liberté et de la démocratie ? » La foule répond: « Le vert ! le vert ! Des cocardes vertes ! » Et cette révolution commence comme débute le printemps.

Les arbres du jardin, dépouillés de leurs feuilles, fournissent des cocardes aux citoyens électrisés. C'est une pluie de verdure sous les branches des tilleuls.

L'étincelle avait jailli. Elle venait de tomber de cette table de café que le citoyen Beaubourg appellera la table magique. La foule, maintenant, suit Camille ; elle lui fait escorte, et ce flot humain ira où le conduira ce jeune homme qui, le ruban vert au chapeau, incarne la Révolution et l'espérance.

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